L'abbé Bernard avait 50 ans lorsqu'il fut nommé à St Privat et possédait une santé florissante. Eut-il quelque maladie inopinée ou fut-il miné par les déboires d'une église toute neuve qui déjà menaçait ruine ? Nous l'ignorons : toujours est-il qu'en 1885 son état de santé devint très déficient et le conseil de Fabrique demanda que Mgr. l'évêque lui donne un vicaire. La vicairie, dont il reste un pan de mur entre les piliers de l'église actuelle, n'ayant été construite qu'en 1871, il est vraisemblable que le vicaire que Mgr. l'évêque donna à M. l'abbé Bernard dès cette même année logea d'abord au presbytère.
L'attribution d'un vicaire permettait à la paroisse d'avoir 2 messes le dimanche et donc de faciliter l'assistance à la messe à la population qui comprenait plus de 1.000 habitants, sans compter les 5 à 600 ouvrières qui normalement rentraient chez elles le samedi soir mais restaient néanmoins quelquefois à St-Privat à cause du mauvais temps ou pour tout autre motif.
Nous venons de dire que l'église, inaugurée en grande pompe en 1843, menaçait ruine 12 ou 13 ans plus tard. Elle fut en effet définitivement fermée au culte le 20 avril 1856 et une ordonnance de la Préfecture en date du 14 juin prescrivit sa démolition. Il y avait eu certainement des malfaçons puisque les entrepreneurs acceptèrent en 1857 de verser 3.000 francs à titre de dommages et intérêts, les experts ayant conclu que « les constructions avaient été faites avec un abus de confiance poussé jusqu'aux dernières limites : murs en pierres sèches et posées à jet de corbeilles ».
Quoiqu'il en soit Mgr. Delcusy, successeur de Mgr. Guibert, venant donner la confirmation le 10 avril 1858 fut « vivement ému d'être conduit processionnellement sur les ruines d'une ancienne église, à côté des ruines d'une église toute récente ».
En attendant la construction d'un nouveau lieu de culte, depuis deux ans déjà, la Ste Messe se disait, soit en plein air, soit dans une petite chapelle provisoire « à un premier étage ».
Il fallait donc de toute nécessité reconstruire une église et il y eut vraisemblablement un premier projet établi en 1858 ou 1859, mais le conseil de Fabrique le rejeta pour diverses raisons fortement motivées; la principale était que si l'on agrandissait l'église précédente de 2 mètres, il n'était pas par contre prévu de tribune ; ce qui faisait perdre 51m² de surface, bien nécessaires pour contenir tous les paroissiens qui débordaient jusque sur la place aux principales fêtes. Cette population était d'après un recensement de cette époque de 1.015 habitants, plus les ouvrières des 14 fabriques ou filatures, dont le chiffre était de 5 ou 600 personnes. (Le 3° dimanche du mois, l'ancienne église, pourtant de vastes proportions, était entièrement pleine, même aux vêpres).
Le conseil de Fabrique s'opposait en outre à l'utilisation de l'ancien clocher (d'ailleurs inachevé), car incorporé dans la nouvelle église, il la déparerait. Celui-ci ne pouvait d'autre part être utilisé pour accéder à la tribune dont il demandait l'édification.
Cet appel fut-il entendu ? Nous le supposons : car un devis fut établi le 30 septembre 1859 par M. Tirret, architecte à Privas pour la somme de 20.685 fr., et approuvé par la Préfecture le 21 août 1860.
Ce furent MM. François Boyer et Frédéric Gamel, maîtres-maçons de St Privat, qui se chargèrent de l'entreprise après l'adjudication faite en date du 30 septembre 1860 et approuvée par la Préfecture le 17 octobre de la même année.
Les travaux durent être exécutés sans histoire en cette fin d'année 1860, au cours de 1861 et au début de 1862. Le 23 mai, nous voyons les entrepreneurs confier la pose du carrelage à Michel Cometta, maître-plâtrier d'Aubenas. C'est donc que les travaux touchaient à leur fin. Ils avaient coûté 20.404 fr ?, déduction faite d'une somme de 4.215 francs 92, valeur de vieux matériaux utilisables provenant de l'ancienne église. Heureux temps où l'on pouvait ériger un édifice de cette envergure pour moins de 25.000 francs !
Ce fut donc en juillet-août 1862 que la nouvelle église put servir pour le culte. Le 25 août de la même année fut érigé canoniquement le Chemin de Croix par M. l'archiprêtre d'Aubenas ; et la bénédiction solennelle de l'église fut faite deux ans plus tard le 16 mai 1864 par Mgr. Delcuzy.
A cette église manquait cependant le clocher. C'est M. l'abbé Claude Sagnes, — originaire de Mayres et mort curé-archiprêtre de Thueyts, — qui devait le faire construire. Il avait pris possession de la cure de St Privat le 7 octobre 1875. Dès l'année suivante, il fit établir un plan par M. Tracol, architecte à Valence, et le soumit à son conseil de Fabrique et aux marguillers qui, par délibération des 22 et 29 avril 1877, l'approuvèrent sans réserve.
Ce devis établi le 20 septembre 1880 et approuvé par la Préfecture le 24 du même mois prévoyait une dépense de 11.550 francs.
L'adjudication fut faite par les soins de M. Emile Tourrette, maire, le 9 novembre 1880 et les travaux purent commencer. La Fabrique s'était imposée pour 8.000 francs auxquels on put ajouter 2.000 francs de subvention et 721 francs de journées bénévoles. Cette somme peut paraître dérisoire, mais il ne faut pas oublier que les journées étaient comptées à raison de 2 fr. par homme et de 5 fr. si celui-ci fournissait un cheval.
Ce qui est certain c'est que les travaux étaient terminés le 15 octobre 1882. Cependant il faut bien noter que le clocher ne comprenait pas de flèche, mais une simple toiture provisoire. Durant l'hiver 1888-89 des pluies abondantes et le vent causèrent de nombreux dégâts à cette toiture qui constituait désormais un grand danger.
Aussi le conseil de Fabrique, présidé par M. l'abbé Rey-Herme, curé de St Privat depuis 1887, et en complet accord avec le maire, M. Jaix, délibéra le 10 février 1889 pour demander l'érection d'une flèche d'après les plans déjà établis par M. Tracol qui avait été l'architecte du clocher. Le devis approuvé par M. le Préfet le 13 mai 1889 se montait à la somme de 2.660 fr. 80. Les travaux furent adjugés le 15 juin à M. François Vagnat de Valence et approuvés le 26 du même mois. La réception de la flèche se fit le 6 mars 1890 et le montant des travaux fut en réalité de 3.594 fr 80.
Les Saint-Privadois pouvaient désormais être fiers de leur église.
En 1962, à l'occasion des 100 ans de l'église de Saint-Privat, l'abbé Joseph Brun — alors curé de Saint-Privat depuis novembre 1957 — a consacré un petit fascicule à l'histoire des trois églises de Saint-Privat.
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