L'église n° 2

Fin 1836, l'abbé Hugon avait pris possession de la cure de St Privat. Il résolut, de concert avec le conseil municipal et le conseil de fabrique, de faire ériger une église digne de l'Hôte qui devait l'habiter.

Payant d'exemple, il se dessaisit volontairement de la jouissance d'un terrain sis au Charnivet, en nature de prés et mûriers, la grande culture à cette époque. Ce terrain appartenait à la commune, mais la jouissance en était réservée au prêtre desservant. D'une superficie de 2.592 m², il produisait 27 quintaux de feuilles. Mis en adjudication le 9 août 1840, il fut acheté par M. Jacques Délière du Buis, arrière-grand-père de M. André Fournier du Pont-Vieux, au prix de 4.500 francs. Ce dernier a échangé il y a peu d'années ce terrain avec un autre appartenant à M. Jean Tourette. C'est donc ce dernier qui en est l'actuel propriétaire.

De son côté, la municipalité fit vendre un titre de rente qui produisit une dizaine de mille francs.

L'adjudication des travaux de l'église eut lieu le 22 novembre 1840 sous la direction du maire, M. Louis Cassagne. Le devis, établi par M. Nègre, architecte à Privas (dressé le 18 février 1838 et approuvé par la Préfecture le 14 octobre 1840) se montait à 21.286 fr. 88. Les soumissionnaires étaient assez nombreux. Finalement Michel Lacour et Ambroise Dumas, entrepreneurs à Aubenas, furent déclarés adjudicataires pour la somme de 19.425 fr. En réalité, le montant des travaux fut de 22.245 fr. 25.

L'on n'avait pas attendu cette date pour se mettre au travail puisque l'extraction des pierres destinées à la construction de la future église avait commencé dès le 25 mars de cette année 1840. Dès la mise en adjudication, c'est-à-dire fin novembre, on commença les fondations.

Les travaux se continuèrent au cours des années 1841 et 1842. En juin de cette année, le gros œuvre était terminé, si bien que le 8 décembre M. Hugon fit transférer dans l'enceinte de la nouvelle église les restes de M. Jaussoin, qui avait été curé de St Privat durant 63 ans. Mais on peut dire que l'église ne fut réellement finie qu'au cours du premier trimestre 1843. Elle ne possédait cependant ni tribune (faite seulement en 1844) ni clocher.

Au cours de 1841, M. Hugon avait déjà commandé à MM. Baussans et Bouvas, marbriers à Bourg-St-Andéol, le maître-autel pour le prix de 2.930 fr., plus 135 fr. pour les marches, et en janvier 1843 arriva un tableau représentant la Vierge et l'Enfant Jésus peint par M. Boulanger et offert par le ministère des Beaux-Arts

Le 2 avril 1843, M. le chanoine Thouez, curé-archiprêtre d'Aubenas, érigea le Chemin de Croix dans la nouvelle église, qui fut solennellement bénite le 25 novembre par Mgr. Guibert évêque de Viviers, futur archevêque de Tours et cardinal-archevêque de Paris.

Nous ne pouvons résister au plaisir de donner « in extenso » le procès-verbal de cette cérémonie, tous les détails pouvant intéresser nos lecteurs.

L'an mil huit cent quarante-trois et le vingt-cinq novembre, un samedi, à quatre heures du soir, tous les habitants de la paroisse de St Privat ont été recevoir au village de Feugier Monseigneur Joseph Hippolyte Guibert, évêque de Viviers. — Sa Grandeur a été accompagnée en procession jusqu'à l'église, elle a été complimentée au village du Buis par M. Cassagne maire de la commune sous un bel arc de triomphe dressé par les habitants, et à la porte de l'église par M. Hugon, curé de la paroisse. Monseigneur est monté en chaire, a adressé des félicitations sur la magnifique réception que la Paroisse venait de lui faire, a annoncé les cérémonies du lendemain et a terminé la journée par la bénédiction du St Sacrement. M. le maire, M. l'adjoint et les deux capitaines de la garde nationale ont soupé avec Sa Grandeur. Le 26, dimanche, la cérémonie a commencé à 7 1/2 du matin. Monseigneur a donné le sacrement de Confirmation à six cents personnes (1) et la Ste Communion à neuf cent quarante fidèles. A deux heures après midi, Monseigneur a fait la bénédiction solennelle de la nouvelle église en présence de toutes les autorités, de tous les paroissiens, d'un nombre très considérable de fidèles des paroisses voisines, d'un nombreux clergé composé de MM. Gervais grand Vicaire, Bicherond grand Vicaire, Mayaud chanoine et ancien secrétaire général de l'Evéché, Chabal chanoine, Thouez curé d'Aubenas chanoine honoraire, Champanhet chanoine honoraire et ancien curé de St Privat, Rivière chanoine honoraire et aumônier du couvent de la Visitation de Montélimar, Géry chanoine honoraire, supérieur des Frères de l'Instruction chrétienne, faisant les fonctions de secrétaire de Monseigneur, Tailhand curé de Vaisseaux, Besson curé de Vals, Maurin curé de St Etienne-de-Fontbellon, Mathon curé du Pont d'Aubenas, Jacquin vicaire d'Aubenas, Sonier vicaire de Vaisseaux, Augier prêtre au Pont d'Aubenas et du savant abbé Paramelle, l'illustre hydroscope de France. M. Chabal a fait le discours. Monseigneur est encore monté en chaire. La cérémonie a été terminée par la bénédiction du St Sacrement. Le lundi 27 novembre, Monseigneur après sa messe a été bénir solennellement le cimetière en présence de toutes les autorités et des fidèles. A son retour, il a fait la visite de l'église, est monté en chaire, a parlé pendant trois quarts d'heure et a terminé la cérémonie par la bénédiction du St Sacrement. A midi Sa Grandeur a béni dans l'église tous les enfants de la Paroisse. Monseigneur a quitté la paroisse à trois heures, au son de la cloche et les autorités avec la garde nationale l'ont accompagné jusqu'au Pont d'Aubenas.

Fin 1845 et début 1846, on érigea un clocher, non pour abriter la cloche qui avait salué l'arrivée de Mr Guibert, car entre temps elle s'était cassée, mais pour en mettre une nouvelle, — celle-là même qui appelle encore aujourd'hui les fidèles aux offices paroissiaux —, qui fut commandée à M. Gédéon Morel, fondeur de cloches à Lyon. Elle fut solennellement bénite le 11 janvier 1846 par M. le chanoine Adolphe Champanhet, ancien curé de St-Privat. Elle porte les inscriptions suivantes :

Laudate Dominum in cymbalis bene sonantibus — Marie conçue sans péché priez pour nous O M S — Le parrain M. Eugène Tourrette, la marraine Mme St Denis née Dumas — Elle s'appelle Marie Anne Eugénie — St Privat — Curé de St Privat M. Hugon. Maire Cassagne — Vox exultationis et salutis in tabernaculis justorum — M. Gédéon Morel fondeur à Lyon.

Cette cloche pèse 685 kg. Et a coûté 2.148,05 francs, déduction faite de la vieille cloche qui fut reprise par le fondeur et qui ne pesait que 170 kg.

L'abbé Hugon avait déjà fait prêcher une mission en 1844, en souvenir de laquelle fut plantée le 29 décembre la belle Croix qui se trouve sur la place devant l'Eglise et dont la reproduction figure sur la couverture de la présente plaquette, exécutée par l'artiste Jean Chièze. Mais, à l'occasion d'un Jubilé accordé par le Pape Pie IX, une retraite fut prêchée par les RR.PP. Lhermite et Chauliac, Oblats de N.D. de Bon Secours, du 21 mars au 11 avril 1847.

En reconnaissance de tout ce qu'il avait fait pour la paroisse, l'abbé Hugon, trois mois après, c'est-à-dire en juillet 1847, était nommé curé-archiprêtre de Rochemaure.

Il fut remplacé par M. l'abbé André Bernard à qui il laissa, malgré les apparences, une bien pénible succession ainsi que nous allons le voir un peu plus loin.

Le premier souci de M. l'abbé Bernard fut d'achever l'ameublement de l'église : il fit faire des boiseries, achet en 1852 l'autel de la Ste Vierge au prix de 1.200 fr, toujours aux établissements Baussans et Bouvas, ainsi que celui de St Joseph trois ans après. Entre temps, en 1843, il avait aussi doté l'église d'une chaire.

  1. On sera sans doute étonné de ce nombre qui paraît considérable mais ainsi que le fait remarquer l'Abbé Roche dans son Armorial — livre 2, page 377 — « Depuis son rétablissement, en 1823, le diocèse avait eu deux évêques dont l'un n'avait fait que passer et dont l'autre, vieillard infirme, n'avait pu qu'imparfaitement rempli sa tâche difficile. Ainsi, dans beaucoup de paroisses, bien des fidèles n'avaient jamais vu d'évêque et un grand nombre d'adultes n'avaient pas reçus le sacrement de Confirmation ».

En 1962, à l'occasion des 100 ans de l'église de Saint-Privat, l'abbé Joseph Brun — alors curé de Saint-Privat depuis novembre 1957 — a consacré un petit fascicule à l'histoire des trois églises de Saint-Privat.

  1. Introduction
  2. L'église primitive
  3. L'église n° 2
  4. L'église actuelle
  5. Les curés de Saint-Privat

Voir aussi les illustrations tirées de cette plaquette

Saint-Privat